skip to Main Content
Portfolio - Contemplation au Rinjani

Indonésie – Le mont Rinjani

Situé sur l’île de Lombok, le mont Rinjani est le second plus haut volcan d’Indonésie. Un merveilleux mais très difficile trek de trois jours est nécessaire pour l’ascension du sommet, mais offre des paysages uniques et une aventure inoubliable.

L

e réveil du téléphone sonne et l’écran illumine la tente d’une lumière blanchâtre. Des bips stridents résonnent fortement. Encore à demi endormis, nous commençons à nous lever doucement. Il est 3h30 du matin, nous sommes encore fatigués de la veille et nos jambes sont lourdes. En sortant de la tente, nous ne voyons rien. Il fait nuit noire, le soleil n’est pas encore levé. Seule la majestueuse voute céleste est illuminée au-dessus de nous, comme une tapisserie d’étoiles et de galaxies peinte au plafond. Loin de toute activité humaine et de pollution lumineuse, celle-ci n’est obstruée que par les rideaux de nuages blancs qui passent au-dessus de nous. Nous ne distinguons pas de lumières, pas une ville ou un village n’est visible de là-haut. Hormis les quelques rares autres randonneurs et les porteurs, nous sommes seuls au sommet du cratère Sembalun.

Toujours la tête dans les nuages, il faut se préparer. Prendre un petit déjeuner, se revêtir chaudement, enfiler les chaussures. Dans quelques heures, les premiers rayons de soleil perceront la voute. Il ne faut pas traîner. Nous apercevons déjà au loin une colonne de petites lumières monter dans le ciel. Les premiers visiteurs sont déjà en train de gravir le mont Rinjani. Équipés nous aussi de petites loupiottes, c’est à notre tour de nous lancer dans son ascension.

Située à l’est de la célèbre île de Bali, l’île touristique de Lombok est fameuse pour ses treks sur le second volcan le plus haut d’Indonésie, qui culmine à plus de 3700 mètres d’altitude. Le mont Rinjani est un volcan actif qui se situe sur l’Arc de Sunda, une sous-partie de la ceinture de feu du Pacifique. En son centre se trouve une caldera – résultat d’un effondrement de la chambre magmatique, qui s’est remplie d’eau jusqu’à former le lac Segara Anak, l’enfant de la mer en raison de sa couleur bleutée comme l’océan.

Nous logeons dans un petit hôtel assez rustique près du petit village de Sembalun. Sembalun et Senaru sont deux villages situés au pied du Rinjani et sont les points de départ de la majorité des treks pour l’ascension de la montagne. En fonction de la durée et de l’ascension du sommet, le départ se fera soit à Sembalun, soit à Senaru. Au petit matin, nous nous réveillons avec les mélodies du minaret, appelant à la prière avant l’aube. Le départ du petit groupe se fait tôt dans la matinée. Nous sommes quatre personnes, notre guide Sujar et quatre porteurs en claquettes. Les premiers kilomètres se font sans souci dans la savane, au pied de la montagne. La vue sur le mont Rinjani est majestueuse et nous apercevons le sommet, tout là-haut. Difficile de s’imaginer que nous y serons déjà dès le lendemain, alors qu’il paraît si éloigné.

Au bout d’un moment, les porteurs nous dépassent rapidement malgré la lourde charge qu’ils portent sur leurs épaules. Une branche de bambou et deux paniers, un système assez rudimentaire en somme. Surtout, ils transportent chacun plus de 40kgs de matériels et de nourritures. Au premier arrêt, nous voulons essayer de porter leurs charges. Nous ne tenons pas une minute à l’arrêt tellement la douleur est importante sur l’épaule. Notre guide Sujar nous raconte un peu l’histoire des porteurs de l’île. Ils commencent jeunes avec des charges moins importantes. Les premières ascensions sont incroyablement difficiles et très éprouvantes physiquement pour eux. Malheureusement, la majorité d’entre eux n’ont pas le choix de faire un autre métier. Ce sont les porteurs qui sont les héros de cette histoire. Et tout cela en claquette !

Nous arrivons à la première colline boisée. Le terrain devient plus escarpé et la pente verticale. L’ascension, la vraie, commence ici. Au bout de 45 minutes d’une montée acharnée, franchissant des escaliers de terres, nous agrippant aux racines des arbres, nous arrivons au sommet. Déjà fatigué, transpirant, Sujar vient vers nous : « courage, il reste 7 collines comme celle-ci à franchir avant d’arriver à notre bivouac ». Après déjà plus de 3 heures de marche, ces mots résonnent durement dans l’esprit. Nous comprenons que ce trek sera dur physiquement, mais qu’il sera surtout un défi pour le mental.

Gravir les sept collines nous prendra toute l’après-midi et nous arrivons exténués au bivouac où nous passerons la nuit. Les jambes sont lourdes, et il reste deux jours de marche, dont le sommet du mont Rinjani. Du bivouac, nous voyons le sommet se parer d’un voile rougeâtre puis disparaître dans la nuit et la mer de nuages apparaître tout autour de nous. Le spectacle est magnifique. Mais il faut se coucher et reprendre des forces. Demain sera une dure et longue journée de marche avec l’ascension du mont Rinjani.

Le serpent de lumières arrive timidement jusqu’au sommet. La file indienne se fait moindre au fur et à mesure de l’ascension du sommet. Beaucoup de personnes abandonnent en cours de route pour aller se reposer au bivouac. Il faut dire, pour chaque pas en avant, nous avons l’impression d’en glisser trois en arrière. Le terrain est instable, les cailloux roulent sous les chaussures, la poussière s’envole sous les rafales de vent, les jambes sont lourdes. Mais il faut continuer, nous nous concentrons sur chaque pas et oublions complètement le reste. Il faudra plus de 3h pour faire les 400 mètres qui nous séparent du sommet.

Tout juste arrivé au sommet, le soleil se lève et les premiers rayons nous réchauffent. À plus de 3700 mètres il faut froid, même à cette latitude. La vue aux alentours est magnifique. Du mont Rinjani nous pouvons voir l’île de Lombok dans sa totalité et surtout la magnifique caldera et le lac Segara Anak. Nous nous reposons un instant pour souffler et profiter de la vue. Nous sommes au sommet du mont Rinjani.

La descente est tout aussi terrifiante que la montée. Le moyen le plus simple et de se laisser aller et de courir dans la pente. Moyen dangereux, mais efficace, nous ne prendrons qu’une dizaine de minutes pour retourner au bivouac, au sommet du cratère Sembalun. Après un second petit déjeuner, nous descendons au fond de la caldera par une falaise abrupte. Sujar nous prévient : « Faites attention, le chemin est dangereux et avec l’humidité, il est facile de glisser. Plusieurs trekkeurs sont déjà morts sur ce chemin en tombant de la falaise ». Parole préventive, mais peu rassurante, nous faisons donc attention à descendre calmement. Il y avait des rambardes et le chemin semblait bétonné par endroit, mais après plusieurs tremblements de terre et le manque d’entretiens, cela a rendu le chemin presque plus difficile et surtout glissant.

La descente est longue, mais au bout de quelques heures nous arrivons au bord du lac pour nous reposer. Nous ne voulons pas aller voir les chutes d’eau ou les bains d’eau chaude, préférant dormir le temps que les porteurs préparent le repas. La caldera et le lac Segara Anak sont magnifiques. Par moment le sommet du volcan libère un panache de fumée. Nous ne sommes pas à l’abri d’une éruption, comme en 2018, d’un gigantisme tremblement de terre*.

Nous reprenons la marche paisiblement, en profitant du terrain plat autour du lac. Sujar vient vers nous en nous disant : « Vous voyez la falaise devant nous ? », en pointant son doigt vers le sommet du cratère. « Nous allons passer la nuit sur le sommet ». Nous nous regardons songeurs. Comment pouvons-nous encore monter si haut aujourd’hui ? Et pourtant, au bout d’une journée de plus de 12h de marche, nous arrivons à notre second bivouac, de l’autre côté du volcan au sommet du cratère Senaru. Il faut beaucoup de mental pour faire une journée de marche telle que celle-ci. Surtout pour des personnes peu sportives comme nous. Nous n’en pouvons plus. Les jambes sont désormais raides, nous sommes épuisés. Heureusement, la dernière journée du trek sera normalement la plus courte et la plus facile. Nous profitons du coucher de soleil sur le mont Rinjani et de la scène majestueuse qu’offre la mer de nuages flottant tout autour de nous.

Le dernier jour de marche commence. Nous quittons le cratère Senaru et descendons de magnifiques collines vers le village de Senaru. Quelques heures de marche, plutôt de course à pied, car nos jambes n’arrivent plus à nous stopper dans la descente. Chaque minute est devenue un cycle de douleur qui recommence sans fin. Un pas après l’autre, il faut sans cesse se répéter que le trek va bientôt se finir. À chaque pause, nous engloutissons des barres de chocolat qui permet d’avoir un petit surplus d’énergie pendant une dizaine de minutes.

Et, enfin, au bout d’un sentier goudronner, nous apercevons nos porteurs assis sur l’arrière d’une camionnette, gloussant en nous voyant arriver si lentement, comme si nous étions au bout de notre existence. Eux, les héros ordinaires de ce trek plus que difficile. Nous profiterons des prochains jours pour nous reposer sur les îles Gili, des petites îles paradisiaques au large de Lambok. Un repos bien mérité après ce qui restera le trek le plus difficile que nous ayons fait. Même avec des chaussures.

*Le recit est du voyage effectué en 2016.

Photographie

Portfolio - Contemplation au Rinjani

Cet article comporte 0 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Back To Top
Rechercher